Éco-anxiété bonjour

Depuis mon sursaut écologique, je ne compte plus le nombre de coups de fils en larmes que je passe à mes proches ni le nombre de fois où je débarque chez mes ami·e·s toute chamboulée par les questions environnementales et la peur d’affronter un monde en changement. Je souffre d’éco-anxiété.

Je suis passée par toutes les phases :

CHOC « Les activités humaines ont foutu en l’air l’équilibre propre à notre survie. Je suis née trop tard pour ne pas connaître le réchauffement climatique et en souffrir. »

DÉNI « Il nous reste encore du temps si chacun·e fait sa part. Je porte mes œillères, jusqu’ici tout va bien. »

COLÈRE « Mais pourquoi est-ce qu’il y a encore des gens sur cette Terre qui pensent que ce n’est pas un problème le dérèglement climatique ? Et qui ne font rien ? Pourquoi est-ce qu’on n’interdit pas les projets climaticides ? Mais virez-moi-les ces gens trop nuls, stupides et inutiles ! Bordel ! »

TRISTESSE « Non je ne veux pas souffrir, je ne veux pas mourir, je ne veux pas perdre tout ce que j’ai connu, je ne veux pas vivre le manque, les émeutes, les guerres… »

Recherches transdisciplinaire

J’ai entendu parler de l’éco-anxiété pour la première en Finlande avec les membres de l’association Zero Waste Finland ry et une amie travaillant chez WWF Finland. Elles m’ont parlé de ce chercheur qui avait édité un livre sur le sujet (il est pour le moment seulement disponible en finnois et sortira en anglais en 2019). Alors ni une, ni deux, j’ai rencontré Panu Pihkala et je l’ai interviewé. Voici le podcast :

Panu Pihkala a d’abord étudié la théologie et le rôle de la foi dans les communautés religieuses. Ces dernières années il a conduit des recherches multidisciplinaires sur l’environnement en étudiant notamment la relation entre l’humain et l’environnement et il s’est rendu compte que la question de l’impact psychologique et les effets sur la santé mentale du stress causé par les questions environnementales, n’étaient quasiment pas étudiées. En étudiant l’environnement et le changement climatique du point de vu des émotions il a définit scientifiquement ce qu’était l’éco-anxiété. Personnellement, je me sens déjà mieux depuis que je peux mettre un mot sur ce phénomène qui était finalement bien plus que de la simple sensibilité.

Même quand on fait du zéro déchet il faut faire attention aux additifs. A-t-on vraiment besoin de tensio-actif dans nos produits ? Image : Florian Belmonte

Le mal du siècle

Et je ne suis pas vraiment la seule à souffrir. Rien que dans mon entourage j’identifie quelques personnes comme ça, mais pour en avoir le cœur net, j’ai conduis un petit sondage sur mes réseaux sociaux. J’ai reçu des dizaines de témoignages de personnes qui souffrent aussi. Je vous les partage car ça fait du bien de savoir que l’on est pas seul·e. Voici quelques uns de ces témoignages :

Mélanie : Je ressens de la frustration, de la tristesse, de l’impatience, de l’impuissance et je me sens responsable d’aider les gens à passer à l’action.

Liisa : C’est comme si j’étais impuissante et que quoi que je fasse ou dise rien ne change et je sens que je devrais juste tout abandonner. Je ressens un mélange de tristesse, de colère et certains jours ça me rends juste insensible et je préfère alors rester au lit à regarder le plafond.

Thecactus_adventure : J’ai peur pour l’avenir du monde, de ce qu’il se passe ailleurs et qu’elles vont réellement être les conséquences.

Ossi : Je suis en colère contre ces personnes de la classe moyenne qui utilisent leur privilège pour consommer toujours plus de ressources que les populations les plus pauvres. Certaines ne font rien pour réduire leur impact environnementale, c’est égoïste. Je me sens triste pour le futur. Dans ces conditions, je n’aurais pas d’enfant.

lara : Plus je me renseigne et plus je m’inquiète mais plus je m’inquiète et plus je me renseigne. Et quand je vois le comportement de la société, de mes proches, je me dis qu’il y a du travail. Sauf que la plupart sont très réticents au changement de mode de vie et comme beaucoup sont dans ce cas, je me dis que la fin est proche

miaucarre : Je ne dors pas bien.

Clémence : C’est la première fois que je lis ce terme et ça fait du bien de voir que l’on est pas seule. Ça se manifeste depuis déjà 2-3 ans je dirais. Avec la politique, des rencontres, ma famille et mes ami·e·s parfois. Ça se manifeste lors de débat, lors de lecture d’article, livres ou autres, quand je regarde un documentaire… c’est vraiment assez global et assez fréquent en moi. Je dois vraiment apprendre à vivre avec…

Marie : Je me sens impuissante et dépressive. Mais ça me donne aussi de la force pour me documenter sur la situation environnementale et m’engager dans le militantisme !

Les chaussures d’Andréa : il est important de s’exprimer !

Edwige : Je vis de grands moments de déprime même si c’est pas tout le temps. Mais parfois quand je vois passer trop d’infos déprimantes ou quand je vois des déchets sur le bords des routes ou que je réfléchie au fait qu’il fait bien trop chaud pour la saison… je suis inquiète. Et j’ai peur. Et puis je me dis qu’on ne pourras jamais inverser la vapeur. Que l’humanité est perdue et que c’est tant mieux. Parfois, j’espère même assister à une catastrophe majeure qui nous mettra tous devant le fait accompli. Et parfois, je me dis que tout ça n’est pas grave car la Terre nous survivra. Mais je pleure quand même pour tous ses animaux et ses forêt qui n’ont rien demandé et qui subissent tout ça. J’alterne entre tristesse, inquiétude, peur, révolte

Esther : Je me sens impuissante fasses à des situations de détresse liées au changement climatique… Je me sens coupable car faisant partie d’une humanité qui n’a pas conscience de détruire tout ce qui lui permet de vivre. La plupart du temps c’est le fait de voir le je-m’en-foutisme des personnes de mon âge, alors qu’on fait partie de la génération qui vit cette transition, ce changement de comportement et qui ne fait aucun effort…

Alicia : Je pense au futur aussi bien sur l’écologie que du point de vue socio-économique. On essaye d’avoir un bébé et parfois je me demande si c’est une bonne idée pour son avenir.

Sha : Ça me bouffe la vie. J’en fais pas assez, je culpabilise sans finalement changer grand chose puisque je ne sais pas par quel bout m’y prendre. Et d’un autre côté quand je vois « les autres »… les gens que je croise, que je connais ou pas, et qui s’en battent les reins de tout ça… je baisse les bras et j’ai peur. Depuis quelques temps je me pose vraiment la question de la pertinence d’avoir un enfant vu le monde qu’on va lui laisser.

Bluette : Je suis vraiment très inquiète pour l’environnement et sur le devenir politico-economique mondial. Les banques et les lobbies tiennent les rênes et n’en ont que faire de l’environnement (faune flore….) et des humains ! Et nous avons aujourd’hui des gens libres dans des démocraties qui élisent des gouvernants d’extrême droite et des dictateurs !!! Il y a vraiment de quoi flipper !!! Et je me dis que je préférerais que mes enfants n’aient pas d’enfants… c’est assez dingue….

Caroline : Le pire est le sentiment de solitude car personne ne semble être préoccupée…

Isabelle : J’en suis à me dire que je ne dois plus lire les articles qui montrent toutes les horreurs environnementales, ça me déprime. Mais dans la rue, dans les commerces, chez les gens (voir chez moi si j’ai envie de culpabiliser), je ne peux pas détourner mon regard des déchets qui traînent, des mauvais comportements, du non-respect de la nature et des autres, de la surconsommation inutile, de toute cette violence et ce manque de morale, de l’individualisme. Car on en est entourés, on est cernés. Mon esprit et mon cœur saignent, je me sens seule et inutile, malgré les efforts et gestes écocitoyens du petit nombre que nous sommes à essayer de faire mieux. J’ai le fâcheux sentiment qu’on n’y arrivera pas… il faut que j’arrête de déprimer…pas facile…manque d’amour et d’humanité…

Larm : Les questions environnementales m’ont rendu malade, au sens propre…

Pourquoi souffre-t-on ?

Je crois que la raison la plus simple à évoquer est : parce que nous aimons. Dans les témoignages précédent la question de l’impuissance, de faire des enfants ou non, la responsabilité individuelle et collective, le jugement que l’on adresse aux autres sur leur manque d’effort, sont des sujets qui reviennent souvent.

Tous ces sentiments sont normaux et je remercie les gens qui ont bien voulu les partager avec moi. Je crois même que la destruction de notre habitat nous impact plus fort que la perte d’un proche. Nous devons travailler à réhabiliter les sentiments sur la place publique car il n’y a pas de honte à être triste quand la forêt de notre enfance va être rasée pour faire une route.

Quelques clés pour réduire l’éco-anxiété

L’éco-anxiété n’est pas une fatalité. Selon Panu Pihkala il vaut mieux d’ailleurs s’en occuper sérieusement tant au niveau individuel qu’au niveau de la société entière. Si l’on ne fait rien, les gens risquent de se renfermer sur eux-même (apathie, perte de motivation et de créativité) et les violences et les frustrations au sein de la société risque de se multiplier. Voici quelques pistes :

Comprendre les faits

Certes la situation environnementale n’est pas toute rose. Dans sa vie de tous les jours, Thomas dis accepter et « admettre que nous avons fait de grosses erreurs et que certaines ne seront jamais réparables ». Et bien entendu, ce n’est pas parce que la situation va mal, qu’il faut continuer à l’empirer : « Nous devons faire de notre mieux, diffuser les bonnes informations et rester sain d’esprit tout le long est nécessaire pour convaincre et rallier les gens à la cause. L’anxiété est un poison pour le cerveau : ne faut plus penser au pire scénario. »

Ne pas rechercher de gourou environnemental

On peut certes s’inspirer de certaines personnes, certaines actions, mais ne cherchons pas de sauveur. Cessons de voter pour des leader d’opinion forts (pour ne pas les citer T, M et B récemment élus !) qui ne font qu’empirer notre sentiment d’incompréhension et de désarroi. Désolée, le superman de l’écologie n’existe pas. Ce qui existe par contre, c’est l’effort commun : citoyen·ne·s + industriel + politique.

Agir en fonction de ses moyens et de ses valeurs

En essayant des démarches comme le zéro déchet, le véganisme, les jardins partagés… on sort de l’isolement, on aligne son comportement sur ses valeurs. Ainsi on soulage sa conscience, et bien qu’il soit important de rester en éveil sur les problèmes environnementaux, on réalise aussi que nous n’avons pas à culpabiliser à s’en rendre malade. Car les autres, et le projet dans lequel on s’est engagé, ont besoin de nous (et en bonne santé).

Faire un pique-nique zéro déchet dans un jardin partagé et trouver des ami.e.s pour la vie Image : Florian Belmonte

Comprendre les limites de son action personnelle et féliciter les gens qui essaient

Dans mon article Mon illusion de militante zéro déchet je parle de l’importance de l’équilibre entre action/responsabilité individuelle et action/responsabilité collective. C’est à mon sens crucial de faire la part des choses afin de ne pas tomber dans un burn-out militant. Cynthia a également fait ce constat : « Je fais les choses pour moi. Je suis consciente que je ne changerais pas le monde du jour au lendemain avec mes gestes zéro déchet alors je me concentrer sur ce que ça va m’apporter personnellement. Car le plus angoissant dans la démarche est de voir les gestes des autres « annuler » les nôtres. »

Réaliser que l’être humain est le problème ET la solution

Panu Pihkala dit que réfléchir en terme d’optimisme ou de pessimisme c’est envisager l’avenir en terme de pourcentage de chance « d’y arriver ». Or ce paramètre peut également être stressant. Il plaide plutôt pour une vison « d’espoir radicale« . Et initiatives_positives illustre parfaitement cette notion dans son témoignage « Sans me voiler la face, je garde espoir d’un avenir meilleur et c’est ça qui me pousse à agir au quotidien. Retrouver l’espoir cela commence par avoir un regard qui se porte sur le « beau » qui nous entoure, que ce soit dans la nature ou chez les humains, se focaliser sur ce qui va, tout en gardant en tête ce qui devrait être amélioré. »

Mon erreur quand j’ai commencé à m’engager dans le zéro déchet et d’autres mouvements de la transition, c’était de tout vouloir faire en même temps et d’espérer que les changement se fassent rapidement. Ainsi, si la décision d’un changement peut se faire rapidement, le processus de mise en application de la décision prend plus de temps. Agathe de Kohereco m’en parle : « À la fois je comprends que le changement de comportement s’inscrit dans un temps long, et d’autre part j’ai espoir car je suis convaincue que sous la couche d’égoïsme, de matérialisme et de peur de l’autre que notre société cultive, il y a des individus capables de tendre la main et de se sentir liés les uns aux autres et au monde du vivant. J’en suis convaincue et sous le terme d’acceptation, je mets aussi le terme d’espoir et non pas de résignation. J’accepte que le monde soit ainsi aujourd’hui car je comprends pourquoi, mais en aucun cas cela me dédouane de faire ce qui est en mon pouvoir pour tenter de modifier les choses. »

L’impossible se fait ensemble : avec quelques un.e.s nous avons impulsé un mouvement pour la transition sur le campus d’Orléans (45).

Lâcher prise

Florine : J’ai lâché prise et je sais que je ne pourrais pas sauver le monde à moi toute seule. Alors j’essaie de sensibiliser les autres mais je sais que je ne peux pas tout éviter. Mon idéal serais bien-sûr de vivre en autosuffisance. On a commencé à bien diminuer les déchets en janvier 2018 et on est encore loin du zéro déchet mais on progresse petit à petit et je sais que si je me (nous) met la pression, c’est là qu’on va tout capoter et revenir au point de départ. Et la méditation nous aide bien moi et la 5 ans, au lâché prise car, mine de rien, cette mini puce est très touchée par l’écologie. Si elle croise un morceau de plastique en promenade elle va le ramasser pour le mettre dans une poubelle. Comme je dis souvent, on ne peut pas tout faire mais on fait de notre mieux et on s’en donne les moyens.

Apprendre à couper les infos à partir d’une certaine heure

Les mauvaises nouvelles peuvent attendre. Éteignez ce téléphone et dormez. Le monde a besoin de gens avec une bonne santé mentale et physique.

Ne pas se laisser souffrir ou se suicider

Parfois on peut être tellement déprimé·e par la situation actuelle et être effrayé·e par la situation à venir, que l’on préfère faire l’autruche, voir disparaître du monde une bonne fois pour toute. Mais si l’on pense plus large que soi, cette attitude n’est en fait d’aucune utilité pour le nouveau monde à construire. Les gens sensibilisés à la cause ne devraient jamais abandonner. Ce serait une grande perte pour le bien dans le monde 🙂

Observons le « beau » là où il est.

 

Pratiquer l’écoute empathique

Envers les autres et envers soi-même. Une personne a toujours ses raisons pour ressentir ce qu’elle ressent. Parfois il n’y a rien à faire d’autre que d’accepter, se reposer et attendre le lendemain pour prendre une décision.

Rejoindre un groupe comme le Club des Mouvements Zéro

Régulièrement je propose des débats sur des sujets écologique dont l’éco-anxiété. La clé c’est de sortir du stress de la solitude. L’éco-anxiété touche bien plus de monde qu’on ne le croit !

D’autres clés (en anglais) peuvent être trouvées sur le site de Panu Pihkala et l’espace commentaires est disponible pour vous exprimez. Saisissez-en vous !


Pour cet article de blog, l’ensemble de mes recherches ont été effectué via le moteur de recherche Lilo. En collectant et en distribuant mes gouttes d’eau, j’ai participé au financement de l’association ZEA qui travaille pour la protection de l’Océan pour que notre planète reste viable. Se sentir utile, sentir que l’on peut participer à un changement plus grand que soit, est une manière de gérer son éco-anxiété !

8 réflexions sur « Éco-anxiété bonjour »

  1. Le Mari De La Maîtresse 30 novembre 2018 — 18 h 58 min

    Pouce vers le haut. Bel article.

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  2. oui, voilà un nom sur la déprime que je traine, au point de ne pas encourager mes enfants à faire des enfants…c’est à dire se priver d’une des plus grandes joies de notre vie.Mais vous parlez empathie, groupe, je vous assure que lorsqu’on est vieille, vieux ou vieillissant, l’entourage, la société deviennent sourds…

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    1. Bon courage ! Je vais penser à ce que vous me dites sur le paramètre de la vieillesse. Merci pour le commentaire 🙂

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  3. Merci pour cet article, je peux me reconnaître dans certains témoignages et comme tu le dis, ça fait du bien de ne pas se sentir seule face à tout ça. Merci pour ce travail.

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  4. Je me demande si on peut pas finalement étendre ça à un sentiment général d’impuissance sur ce qui se passe dans la société… une angoisse qu’on aurait envie d’éviter, mais qui revient régulièrement. Merci pour cet article qui était très intéressant 🙂

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