Combat de communication

Les incompréhensions sur les réseaux sociaux sont nombreuses (Facebook et Instagram sont ceux que j’utilise le plus). Et quand ça touche à des sujets un peu technique comme les inégalités à travers le monde, le dérèglement climatique, la fin potentiel d’un monde vivable et l’urgence de changer pour « sauver le monde », les égos, alors piqués au vif, se réveillent, chacun·e perd un peu de son sang froid et croit avoir raison. Pas d’attaque frontale, je suis à la fois juge et partie.

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Package Free Shop – Lauren Singer. Photo : Florian Belmonte

D’où l’on vient, d’où l’on parle

Pour comprendre l’Autre dans son discours, il est important de se comprendre soit-même et de faire le point sur les croyances qui nous façonnent. Il faut aussi faire le deuil de l’illusion selon laquelle on détient la seule vérité potentielle et que l’Autre a toujours tort parce qu’il·elle tente (parfois maladroitement, mais ce n’est pas le sujet) de nous montrer autre chose. En faisant le point sur ses privilèges, on peut dresser sa carte de communication et anticiper les discours qui nous froisseront le plus et à l’inverse ceux qui sous séduiront.

Je crois que mon trait principal je le tiens de mon enfance. J’ai grandis au Pays Basque dans un esprit communautaire, identitaire, de rébellion, de protection et de défense du bien commun, Dès lors, les discours trop individualistes ont tendance à m’énerver parce qu’ils ne collent pas à ma vision du monde.

C’est comme ça que je suis tombée dans la transition, parce que je comprenais le prix à payer pour le luxe de se croire unique (cf. philosophie du capitalisme). Le monde n’est pas un programme de fidélité géant. Il y a des gens qui restent sur le bas-côté de notre société (et de notre monde) à cause des idéaux capitalistes qui surfent sur la vague de l’égoïsme. Et ça, mon esprit de justiciaire-pas-masquée ne le supporte pas très bien.

Je vous invite à créer la carte de vos privilèges en toute honnêteté avec vous-même. Bien souvent, que nous le voulions ou non, notre sexe, notre genre, notre nationalité, notre couleur de peau, notre niveau d’éducation (incluant les langues parlées et maitrisées) influencent notre vision du monde et nos croyances et donc potentiellement notre (in)compréhension du monde et des autres. Ce ne sera pas du temps perdu que de faire un travail sur sa communication et donc son habilité à écouter et à comprendre.

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Nyt On Pakko – la plus grande marche pour le climat de la Finlande (Helsinki)

Pourquoi certain·e·s ont l’air de s’en foutre

Je suis souvent frappée par l’ampleur de la fracture qui existe entre les personnes sensibilisées aux problèmes du dérèglement climatique et les autres (qui n’en sont pas moins sensibles pour d’autres choses d’ailleurs). Il existe encore trop peu de plateformes éducationnelles qui invitent au débat (Youtube joue un peu ce rôle), au croisement des regards et à la création d’échanges. Alors quand on se risque une vision différenciée dans des groupes (Facebook notamment) « pas fait pour ça » on s’expose au jugement. Donc il n’y a jamais de progression. Chez personne. Chacun·e se renforce dans son coin, c’est nul, non ?

Et quand il y a conflit, une fois encore le discours est ramené à l’échelle individuelle. On invoque le droit au plaisir.

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On dit souvent que les personnes les plus réfractaires à la libération d’un système et à l’abolition des privilèges, sont celles qui l’ont le plus intériorisé. Ces personnes aveuglées et enchaînées à un système dont elles ne saisissent pas l’ampleur, tombent souvent dans l’illusion qu’elles sont libres de faire ce qu’elles veulent, quand en fait tout est prédit pour elles : les vêtements qu’elles portent, la nourriture qu’elles mangent, la musique qu’elles écoutent… Dès lors, toutes personnes ayant une réflexion distante et intellectualisée de ce dit système, est appelé « extrémiste », empêcheur·euse de tourner en rond. Alors que faire ?

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L’automne – Un banc – Une poubelle (Tampere)

Penser différemment

Parfois je me dis que les gens qui rejettent en bloc les mouvements de la transition pour croire mordicus à la vision d’un capitalisme à la Macron, à la Trump ou à la Bolsonaro, ont sans doute peur de la différence. Ça doit être les même qui, au collège, faisaient parti du club des « cool kids » et étaient persuadés que le monde ne tournait qu’autours d’eux, eux qui étaient comme tout le monde, sans questionner ce monde.

Il est vrai qu’en vérité ce n’est pas facile de se sortir d’un système de pensée et d’accepter que la vérité à laquelle on croit est mauvaise pour d’autre, et ce malgré nous.
La seule solution que je vois : prendre une grande respiration, écouter celles et ceux qui ne partagent pas notre vision (on va pas en mourir), faire ses propres recherches contrastives (en comparant des données entre elles), faire sa propre investigation et devenir meilleur·e. Mais changer c’est possible et parfois, c’est même bienvenue (pour le bien des autres). À titre d’exemple personnel, j’ai été élevé par une femme vraiment raciste et je me suis éduquée pour ne plus l’être et devenir une adulte libre de cette idéologie. Et pour s’éduquer, il faut des outils.

Pour les sujets de la transition : vous retrouvez mes podcasts d’interviews de gens qui s’engagent pour un monde meilleur. Branchez vos écouteurs !

Retrouver une logique communautaire

L’argument qui a tendance à m’énerver, c’est celui selon lequel on assume son mode de vie. Comme si cette seule affirmation pouvait excuser (voir faire disparaitre) les conséquences du dit mode de vie ! C’est ridicule. Tout le monde se met à crier n’importe quoi : « J’assume d’être raciste » « J’assume de tuer pour le plaisir » « J’assume de dire que les chambres à gaz n’ont pas existé » « J’assume de frapper ma femme » « J’assume de violer des enfants »… enfin, ce n’est pas sérieux !

Je crois que tout le monde à la capacité intellectuelle de comprendre l’urgence actuelle que nous vivons. Cependant, il semblerait que tout le monde ne soit pas prêt à écouter réellement un discours inconfortable et d’avantage collectif qu’individuel.

La vérité c’est que la manière dont nous vivons aujourd’hui, nous, les occidentaux avec notre égoïsme, notre recherche du bonheur et du plaisir individuel, instantanée et infini, se fait au détriment d’une nature qui meurt et de gens (femmes, hommes, enfants) qui souffrent, plus ou moins loin de chez nous.

À s’enfermer chacun·e dans nos logiques individuelles tant pour le meilleur (zéro déchet) que pour le pire (reine du shopping made in Bangladesh) on perd la vue d’ensemble, la nécessité de prendre soin du bien commun (c’est à dire de soi à travers les autres).

critique zéro déchet
Le « zéro packaging » une solution à tout ? Image : Bloutouf

Aiguiser notre œil critique pour un monde meilleur

Que ce soit dans la transition ou dans le capitalisme, il faut arrêter de gober comme un poisson tout ce que l’on nous dit, mais il ne faut pas non plus confondre esprit critique et négationnisme. À titre personnelle, j’aime pratiquer l’art du doute et surtout concernant ma passion du zéro déchet. Je confronte différentes visions : industriels du plastique (Pramia Plastic, Amerplast), scientifiques et différent·e·s influenceur·euse·s qui se revendiquent de vivre sans plastique.

La vie est un mouvement. Et vivre ça veut dire s’améliorer et progresser constamment. Or, se fondre dans un système sans jamais le questionner ou avoir la curiosité d’entendre (comprendre) les différences du monde autours de nous, c’est déjà être un peu mort.

Je crois qu’à l’ère d’un monde qui change et donc d’une nouvelle société en construction, on a besoin de toutes les bonnes volontés et les temps de cerveau disponible que l’on puisse trouver. Vous en êtes ?


Pour cet article de blog, l’ensemble de mes recherches ont été effectué via le moteur de recherche Lilo. À ce jour, en donnant mes gouttes d’eau, j’ai participé au financement de Mr Mondialisation qui œuvre pour une meilleure éducation à l’information, à de l’association Bioli qui œuvre pour une prise de conscience concernant la protection du littoral français et à de l’association Cdpenfance qui est engagée dans la protection de l’enfance.

4 réflexions sur « Combat de communication »

  1. Le Mari De La Maîtresse 2 novembre 2018 — 20 h 22 min

    Les réseaux (a)sociaux n’ont qu’un moteur ; l’indignation. On voit à quoi ça mène.
    Excellent article, du début à la fin. Je vous citerai.

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  2. Le coup du « j’assume » me rappelle la vidéo qu’a faite Le Stagirite sur youtube, où il analyse l’utilisation de cette formule dans la sphère politique et la façon dont elle est vidée de son sens !

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