Vive les règles zéro déchet

On parle souvent de règles de vie, mais des règles dans la vie, trop peu. Pourtant, c’est un peu la base de l’humanité, l’origine du monde pour citer ce magnifique tableau. Nos vies à toutes et tous tournent ou ont tourné autour des règles a un moment donné. Ce constat posé, comment fait-on maintenant pour vivre pleinement ses menstruations quand on a décidé de vivre zéro déchet ? Ici on va parler de cup menstruelle et de serviette hygiénique lavable. Suivez le flux c’est par ici…

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Photo by Rupi Kaur

« Mince, c’était mon pyjama préféré »
« T’inquiètes, tu mouilles un peu la tâche, tu saupoudres de bicarbonate de soude : ça va absorber le sang et ensuite tu pourras le laver en machine »

Comment mon histoire de cup a commencé

J’ai entendu parler de la cup menstruelle pour la première fois au lycée : j’avais 18 ans. À l’époque, je ne fréquentais pas trop Internet, c’était donc une copine qui avait un article découpé dans un magazine qui nous en avait parlé. Je me souviens encore de regarder cette cloche d’aspect caoutchouteux et de couleur beige avec dégout. C’était bien trop gros et l’idée de garder ce machin-là dans mon vagin m’effraya. Je n’avais pas encore eu de relation sexuelle à cette époque et je me faisais une image étroite de mon sexe. C’était peut-être lié à ça…

Il faut dire que j’étais tellement ignorante à cette époque que je jetais encore mes tampons dans les toilettes. Non, mais il ne faut PAS faire ça ! C’est direction la poubelle ménagère un point c’est tout. D’ailleurs, j’imagine un peu… si ça se trouve il y en a encore m’appartenant, qui flotte au fond des océans à moins qu’ils aient tous été filtrés par la station d’épuration ou ramassés sur la plage par Surfrider Foundationsentiment bizarre soudainement !

Ce fut donc plus tard, à l’université qu’une autre copine (portant un pantalon blanc le jour de ses règles !) m’en parla à nouveau. J’avais 24 ans et j’étais plus disposée à laisser mes préjugés de côté pour vraiment écouter ce retour d’expérience. Il est formidable de pouvoir parler de ces choses que notre société considère (encore…) tabou, de manière totalement décomplexée, concrète, détaillée, colorée et sans gène.

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« Savez-vous dessiner une vulve ? »

Qu’est-ce qu’une cup menstruelle ? (à ne pas confondre avec une eco-cup pour boire en festival)

La cup menstruelle est un dispositif de protection périodique qui a pour objectif de récolter le sang des règles plutôt que de l’absorber (contrairement au tampon et aux serviettes hygiéniques lavables ou jetables). C’est un objet creux en forme de petite cloche qui se place à l’intérieur du vagin en réalisant un effet ventouse avec la paroi de celui-ci.

Les arguments POUR

Parce que oui, ce fut une révolution dans ma vie et dans celles des femmes que j’ai interrogées sur le sujet.

  • C’est super économique (la mienne : 25 € pour 10-12 ans)
  • C’est safe pour la santé (silicone chirurgical)
  • C’est propre : quand on la vide entre deux utilisations, on la rince à l’eau (on peut la laver de temps en temps avec du savon de Marseille, mais moins le vagin reçoit de produits mieux il se porte !) et on la stérilise dans une casserole d’eau bouillante entre les cycles
  • C’est sans odeur : le sang est dans la cup et il n’y a pas d’air
  • Quand elle est bien mise, on ne la sent plus
  • Ça n’irrite pas, ça n’assèche pas les muqueuses du vagin (si doux, si moelleux)
  • Ça ne fait pas de microlésion sur les parois internes quand on la retire (à l’inverse du tampon)
  • Quand on fait pipi (ou caca), pas d’urine et pas de bactéries dans le vagin : eh oui ! Ça remonte tranquillos par la ficelle du tampon sinon (de même pour la piscine et la mer)
  • On peut enfin vraiment aller à la piscine ou à la plage sans risquer de montrer la ficelle du tampon !
  • On peut vivre (un peu) à l’improviste : avec la cup, ce dont nous avons besoin pour nous protéger est déjà dans notre corps
  • Ça permet de mieux comprendre son corps : ainsi j’ai compris que je ne saignais pas « tant que ça »
  • C’est plus facile de collectionner son sang pour le donner à ses plantes (super engrais, parait-il) ou fabriquer maison un spray anti-harcèlement de rue (je n’ai pas vraiment de retour là-dessus, mais j’y pense de plus en plus…)
  • Ça fait un petit objet décoratif quand en fin de cycle je la laisse trainer sur le rebord de mon lavabo (mes ami•e•s confirment)
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Lavabo de SDB zéro déchet !

Les arguments CONTRE

Bien sûr, ça ne sert à rien de glorifier la cup à tout prix non plus, chaque option dans la vie a un côté positif et négatif. Mais je crois qu’il faut distinguer les avis ayant des arguments morphologiques ou d’aspects pratico-pratiques, des avis ayant des arguments commerciaux, idéologiques, pseudo médicale et prudes.

  • « Ah dégeu » « Je veux pas voir mon sang » « Je fouille pas « là-dedans »»….
    Quand j’entends ça je pense deux choses généralement : premièrement que c’est pas de chance d’avoir la phobie du sang (surtout quand c’est le sien), mais bon ça peut se travailler et deuxièmement (je ne peux pas m’en empêcher) : « BRAVO société judéo-chrétienne édulcorée au liquide bleu des pubs, bravo les tabous qui empêchent les femmes de se toucher elles-mêmes et d’apprécier leur corps, super j’applaudis ! ». Parce que oui, pour mettre la cup, il faut mettre les doigts. Je peux comprendre que cela dérange certaines personnes. Rappelons-nous juste que c’est NOTRE corps. Ce n’est pas qu’un jouet de plaisir pour le partenaire ou un objet biologique à faire des enfants et devant être contrôlé à tout va par la médecine. C’est un corps qui est vivant, qui bouge, qui s’exprime, qui a ses préférences, qui a une texture, une odeur, une forme. Et notre sexe, c’est aussi notre corps. S’aimer, c’est aimer tout ça.
  • Il est bon de rappeler que la cup n’est pas un rempart au syndrome du choc toxique (SCT), mais le tampon non plus de toute façon.
    Arrêtons de jouer les supers héroïnes et respectons les règles basiques d’hygiène afin de prévenir les désagréments. Il est impératif de sortir la cup de son vagin, de la vider, de la rincer et de l’essuyer toutes les 8 heures. Bien sûr, changer la cup dans des toilettes où l’on n’a pas ses habitudes peut être contraignant. Pour parer à ça, je vous propose mon petit kit de survie des règles en milieu urbain (détails dans quelques lignes !).
  • Il n’est pas super recommandé de dormir avec la cup (ni avec un tampon d’ailleurs). Quand on dort, le corps est en position horizontale (sauf si vous êtes un vampire/chauve-souris) et la cup empêche le sang de sortir. Celui-ci reste bloqué dans l’utérus et le vagin. La stagnation du sang peut être propice à des désagréments. Si vous le pouvez, dormez le plus souvent avec une serviette hygiénique lavable pour permettre au sang de sortir librement faire sa vie.
  • Les jours où les douleurs menstruelles sont très aïgues, personnellement je n’arrive pas à la mettre. En gros, quand on est stressée (muscles tendus par les contractions menstruelles) la cup à du mal « à passer » et donc à se positionner. Il vaut mieux attendre que cette phase passe, ça ne sert à rien de forcer au risque de se faire mal. Je ne sais pas vous, mais de toute façon ces jours-là, je préfère rester cloitrée chez moi sinon je tue quelqu’un (qu’on se le dise).
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Interview de l’auteure

Pour bien commencer

Je vous conseillerais de faire ce test en ligne qui vous permettra d’obtenir une liste de suggestions de cup qui seraient bon pour vous. Je n’en suis pas l’auteure, mais je l’ai utilisé, ce qui m’a permis de m’orienter vers la fleur cup de petite taille. C’est un outil (et un forum) qui permet de s’orienter dans la grande masse d’informations disponibles en ligne concernant les cup.

N’ayez pas peur de prendre votre temps pour murir votre décision, choisir votre modèle, collecter de l’information (moi ça m’a pris 8 mois entre l’achat et l’insertion !), mais gardez en tête que les protections actuelles non durables sont soit du poison pour votre corps (soyons franches), soit à usage unique (et bien sûr surtout, surtout, surtout PAS dans la cuvette des toilettes on vous a dit !). Dans les deux cas, ça pose un problème pour l’environnement, votre santé et celle de la planète.

Kit de survie des règles en milieu urbain

J’ai toujours sur moi :

  • Un contenant avec de l’eau (pour boire bien sûr, mais aussi me laver aux toilettes et rincer ma cup)
  • Une serviette hygiénique lavable (les SHL de chez Koozu)
  • Un mouchoir en tissu (propre)
  • Une petite pochette imperméable PLIM
  • Un baume hydratant home made zéro déchet
  • Ses huiles essentielles (tea tree ou lavande pour cet exemple)
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Kit de survie coloré : ça donne (presque) envie d’avoir ses règles !

POUR LA CUP

  • Je choisis des toilettes avec un lavabo sinon je m’assure d’avoir de l’eau avec moi
  • Je me lave les mains : s’il n’y a pas de savon, je me lave les mains à l’eau chaude et je désinfecte mes doigts avec une goutte d’huile essentielle de tea tree (arbre à thé) ou lavande (à la guerre comme à la guerre)
  • Je les essuie avec le mouchoir en tissu
  • Couvercle des toilettes ouvert, j’enlève ma cup avec précaution pour ne pas refaire la déco des toilettes avec mon sang (sinon ça peut faire de l’art contemporain, tout est relatif) et je la vide dans les toilettes
  • Je la rince dans le lavabo : ça fait des marbrures rouges, c’est rigolo
  • Je l’essuie avec le mouchoir en tissu
  • Je me lave la vulve de toute trace de sang : ça rafraichit et c’est plus propre (et donc pas d’odeur à la clé sur la culotte)
  • Je l’essuie avec le mouchoir en tissu
  • Je me détends et je remets la cup
  • Si c’est trop sec, je mets un tout petit peu de baume hydratant sur mes doigts, et je caresse le rebord de la cup. Ça rentre plus facilement sans douleur, et ça hydrate les poils pubiens !
  • Je m’assure de ne plus la sentir. Si je la sens, c’est qu’il y a une bulle d’air ou bien qu’elle est mal positionnée. En contractant son vagin, on peut déterminer où se situe l’anomalie et glisser un doigt dans son vagin pour remettre la cup sur le droit chemin
  • Si vraiment je n’arrive pas à la remettre, no panic, je mets une SHL en attendant un moment ou un endroit plus propice (c’est sur que les toilettes de la salle de concert, en pleine soirée punk, c’est moyen)
  • Je remets ma culotte et je sors des toilettes
  • Je me relave les mains
  • Si on me dit : « Dit donc tu étais longue », je réponds : « Oui, je remettais ma cup ». Et c’est ainsi que naissent les plus belles amitiés, parait-il.

POUR LES SHL

Personnellement, il est extrêmement rare que je porte des SHL en public (je préfère pour la nuit ou quand je reste chez moi), mais la procédure est à peu près la même.
Une pochette imperméable permet de stocker une SHL sale et le petit mouchoir qui permet de s’essuyer après s’être lavée : je trouve cela plus propre (pas d’odeur de sang séché) et plus agréable pour la vulve, plutôt que de vider la moitié du rouleau de papier toilette).

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Les conseils d’entretien de Koozu

Cup et féminisme

Je trouve un petit côté féministe et anticapitaliste à la cup.

Le féminisme étant la doctrine qui pense et définit l’égalité des hommes et des femmes, la cup est un objet que je considère comme luttant dans ce sens. La femme apprend à connaitre son corps, son fonctionnement, elle se libère de ses peurs et peut être plus en phase avec ses cycles ce qui la rend libre et non plus automatiquement médicalisée ou contrôlée par la publicité. De plus, en arrêtant les produits chimiques nocifs directement introduits dans son vagin ou en contact permanent avec sa vulve, la femme revendique le droit d’être en bonne santé et de vivre ses règles de manière safe (les générations futures remercient la cup).

Anticapitaliste : par la grâce des mathématiques ! Une femme a ses règles en moyenne 42 ans dans sa vie (ou 13 ans à temps plein… de quoi demander une prime spéciale au boulot !). Sur sa vie entière, une femme déboursera en moyenne 23 500 euros. Qui vont dans les poches de qui ? Et qui finance quoi ? Je vous le demande !

De manière très personnelle, je dirais que vivre mes règles de manière zéro déchet m’a réconcilié avec cette période mensuelle. Je ne dirais pas que c’est plus fun ou moins douloureux, je dirais juste que c’est plus facile, plus apaisé, moins stressant. C’est une période pendant laquelle j’ai appris qu’il était bon de prendre son temps. Par exemple, je ne cale jamais une réunion importante pendant les 3 jours de mon cycle (surtout le premier – le jour où je veux tuer tout le monde), je fais des étirements de yoga appropriés, je bois de la sauge ou du gingembre et je me masse.

Et vous, que pensez-vous de vos règles ? Pensez-vous que le zéro déchet pourrait vous réconcilier avec elles ?

8 réflexions sur « Vive les règles zéro déchet »

  1. Bon, je suis franche: le zéro déchet est loin d’être ma priorité bien que j’y pense pour certaines choses. Mais ton article m’intéressait pour le sujet des règles. Lorsque j’ai lu que tu parlais de la cup, j’ai hésité à continuer de crainte de lire encore un article qui ne faisait que la valoriser. Mais j’ai été agréablement surprise : oui tu évoques les avantages de la cup mais tu donnes aussi certains inconvénients/freins possibles. De plus, ton explication pratique de l’utilisation de la cup est selon moi très utile car savoir que cela existe oui, cependant peu explique comment l’utiliser.
    Pour conclure, un bon article. Néanmoins je reste encore aux protections jetables. J’envisagerai peut-être de passer aux serviettes lavables pour la nuit -mais pas pour l’instant.

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    1. Merci de ton retour 😊 Les serviettes lavables sont globalement plutôt chouettes : c’est assez doux et l’on peut trouver des motifs qui nous plaisent bien. Pour les laver, si l’on ne vit pas seule, il faut trouver une routine en conséquence ! À bientôt !

      Aimé par 1 personne

  2. Sophie, consommatrice rebelle 27 avril 2018 — 12 h 24 min

    Super article ! Nos règles sont tellement récurrentes, qu’on ne se rend même pas compte du nombre de fois qu’on les a ou va les avoir. Je n’avais aucune idée du chiffre ! C’est vraiment impressionnant. C’est clair que ça motive encore plus à trouver des solutions durables et bonnes pour nous 🙂

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  3. Moi aussi, j’utilise des serviettes hygiéniques lavables (PLIM) et depuis je n’ai plus les problèmes d’irritations que j’avais avec les serviettes industrielles. Je n’utilise pas de cup, car c’est apparemment déconseillé avec le stérilet mais je trouve que c’est une bonne idée. Merci pour ton article.

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    1. Moi aussi je réapprécie les serviettes depuis les SHL. Et sinon, tu pourrais utiliser la cup avec le stérilet, mais tu devrais faire attention à l’effet ventouse en la retirant. Mais de toute façons, avec ou sans stérilet, vaut mieux pas tirer comme une malade dessus 😄

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      1. C’est à cause de cet effet ventouse que j’hésite. Je vais voir avec le temps si les serviettes me suffisent ou non.

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