10 leçons que le woofing m’a enseignée

Je suis une fille de la ville née dans un supermarché avec une cuillère de plastique dans la bouche. Pour me confronter à la réalité de ma survie, j’ai décidé de faire deux mois de wwoofing en Finlande. Et j’en tire des leçons.

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Cueillette du cassis

1. La nature n’est pas généreuse

Certes, elle crée la vie et l’abondance, mais elle la reprend selon une logique et des règles qui échappent à l’étroitesse du cerveau humain. Des graines peuvent ne pas démarrer, des plans peuvent être dévorés et ce même si l’on a fait tout ce que l’on pensait juste pour qu’ils se développent.

2. Pourtant on ne peut pas survivre sans exploiter

L’exploitation est une notion inhérente à la survie de l’humanité. L’être humain exploite la nature (agriculture, forêt), les animaux (élevage, pêche, chasse) et d’autres êtres humains (esclavage moderne : des usines de vêtements au Bangladesh en passant par la récolte des fruits bio en Espagne). Si on arrête d’exploiter, le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a aucune chance de survie. Or la catastrophe climatique (de son petit nom « le collaps« ) qui se dessine, nous force à penser un monde où nos relations à l’environnement (nature, animaux, humain) seront radicalement différentes.

3. Le big boss n’est pas qui vous croyez

Après avoir tout exploité, l’être humain a enfin trouvé plus fort que lui : le climat.

4. Abandonner n’est pas une option

Parce que sinon qu’allons nous manger ? Merci à vous agriculteurs et agricultrices qui continuez de travailler pour gagner quatre fois moins que le SMIC alors que sans vous nous n’aurions plus qu’à sucer des cailloux.

5. La résistance à la frustration

L’ensemble des difficultés qui se présentent dans l’agriculture remettent en question une vision de l’immédiateté que le capitalisme nous vend comme étant la seule possibilité de concevoir la vie (et le bonheur). Or en agriculture rien n’est dû et rien n’est immédiat.


MINUTE PUB – Petit parcours de l’oignon….

Le commencement du cycle de production consiste à planter les bulbes en pleine terre pour qu’ils grandissent et deviennent oignon. Il faut biner régulièrement entre les allées pour éliminer la concurrence avec d’autres plantes. Mais je n’étais pas là pour cette étape. En été, quand les tiges commencent « à tomber » cela signifie qu’il est temps de les ramasser. Le tracteur est d’abord passé pour couper les tiges et j’ai ensuite fait le ramassage à la main : courbée en deux pendant des heures.

À la suite de la récole, on a empilé les caisses en plastique pour que les oignons sèchent une semaine. On a ensuite coupé les tiges avec une vieille machine mécanique que nous avons branchée au tracteur.

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De là, les oignons ont été remis dans leur caisse puis les caisses transportées vers le grand séchoir en hauteur et bien aéré, pour que l’oignon y sèche.

Après presque deux semaines, nous avons remis les oignons dans leur caisse en plastique, direction le sauna, pour être séchés à peu près trois semaines. La température était maintenue à environ 30 degrés.

Après ce séchage intensif, nous avons utilisé une machine mécanique pour nettoyer les oignons de leur sur-peau et aussi les trier par taille.

Après cela, nous les avons transférés dans des caisses en bois pour le stockage sur le long terme. On pouvait enfin les cuisiner. J’ai appris à ne pas pleurer en les coupant, en allumant une bougie.

C’est la fin du petit parcours de l’oignon. Je vous laisse imaginer la logistique que cela représente au niveau des aller-retour avec les caisses, le poids soulevé à bout de bras et la gestion des espaces.


6. Le prix de l’autonomie

Si l’on a une vision survivaliste et que l’on vise l’autonomie dans son habitation, il faut être préparé·e à ne jamais s’arrêter de travailler : cultiver le champs, cuisiner, faire des conserves, sécher les aliments, couper le bois pour la chauffe, nourrir les animaux… C’est très pénible, et on peut difficilement s’aménager des périodes pour ne rien faire.

À mon sens, un modèle de ferme urbaine communautaire, où chacun participerait à l’effort collectif quelques heures par jour, rendrait la tâche moins pénible.

7. L’importance des autres

Les interactions sociales rendent le travail moins pénible, parler, être avec l’autre ou même écouter la radio soulage la pénibilité du travail physique.

8. Manger a un sens

Mes hôtes vivaient principalement de leur production. Lorsque nous nous asseyions à table, nous mangions les produits frais juste cueillis, juste cuisinés, parfois achetés à la ferme d’à côté. Malgré moi, mon régime alimentaire a changé, car je ne pouvais pas exiger que nous allions au supermarché du village pour y acheter des bananes, des cacahuètes et du chocolat (mes trois aliments fétiches non-locavores).

9. Le sport ça ne sert à rien

Courir sur un tapis roulant, soulever des poids, faire des squats ? Autant cueillir des fraises, labourer la terre pour récolter l’ail, ou soulever des dizaines de caisses de patates. Biscottos garantis, le tout pour plus de sens !

10. Qui je suis

Je ne suis pas faite pour la vie à la ferme comme je l’ai expérimentée. J’étais trop isolée du reste du monde et j’ai besoin de temps de repos et de créativité en plus des tâches obligatoires à réaliser. Malgré tout je suis reconnaissante d’avoir pu expérimenter cette vie pendant deux mois et de mieux comprendre que rien n’est acquis. Merci.

1 réflexion sur « 10 leçons que le woofing m’a enseignée »

  1. Le Mari De La Maîtresse 16 octobre 2018 — 16 h 12 min

    >Courir sur un tapis roulant, soulever des poids, faire des squats ?
    Tout ce bon sens !!! Comme il est égoïste de courir tout seul pour rien sur un tapis roulant au rythme d’une musique débile et débilisante. Autant ranger du bois ou des fraises au son des p’tits oiseaux. +1000 !!!

    >J’ai appris à ne pas pleurer
    J’ai ri

    J'aime

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